Prévention des risques naturels en France : notre système est-il le bon?

Publié le par Silvère Say

Je souhaite attirer votre attention sur les intempéries ayant touché le sud de la France hier soir et ayant entraîné le décès, selon le bilan connu à cet instant, de 25 personnes. C'est la deuxième catastrophe climatique que notre pays connaît cette année après la tempête Xynthia. Bien que l'ampleur des dégâts soit en grande partie due à l'importance du phénomène météo (vents marées et pluie dans un cas, orages et pluies dans l'autre), il me semble que cela fait ressortir de manière particulièrement prégnante l'état d'impréparation de nos collectivités face à des événements climatiques majeurs.


On aurait pu penser que la tempête de 1999, encore dans tous les esprits, aurait servi de leçon en nous faisant comprendre que nous ne pouvons toujours dominer la nature. Pourtant, En France comme à Madère en Février, des constructions ont été autorisées dans des secteurs inondables. Les préfectures ont  mis en oeuvre ces dernières années ce qu'on appelle des Plans de Prévention des Risques Inondation. Dès lors, nous sommes fondés à nous interroger quant à la pertinence de ces plans et surtout quant aux données utilisées pour les élaborer, et les effets concrets qu'ils peuvent avoir sur le terrain. Je vous propose donc d'y réfléchir notamment au regard des risques auxquels peuvent être exposées nos communes du Roannais. A titre d'exemple,je vous invite à consulter le dossier communal d'informations établi par la préfecture du Var pour la commune de Draguignan. Comme vous pourrez le constater, le risque était connu mais sous-estimé.
Cet état de fait a été aussi remarqué par les sénateurs dans le pré-rapport publié hier sur la tempête Xynthia que vous pouvez retrouver en cliquant sur le lien suivant : http://www.senat.fr/basile/visio.do?id=r869086_2&idtable=r869086_2&_c=pr%E9rapport+xynthia&rch=gs&de=20090616&au=20100616&dp=1+an&radio=dp&aff=sep&tri=p&off=0&afd=ppr&afd=ppl&afd=pjl&afd=cvn&isFirst=true.
Enfin, cela pose aussi la question de la préparation de nos équipes de secours et donc du fonctionnement des SDIS. Très coûteux pour les départements, on peut se demander si les sapeurs pompiers étaient correctement équipés pour faire face à une inondation soudaine.

Ces différents éléments ne sont qu'une invitation à la réflexion et ne peuvent en aucun cas donner lieu à des conclusions hâtives. Cependant, il s'agit de la vie de nos concitoyens voir même peut-être de certains d'entre nous suivant les endroits où nous vivons. Faire de la politique, c'est être responsable et savoir dépasser les intérêts particuliers pour favoriser l'émergence de l'intérêt général.

 

Pour aller plus loin, vous retrouverez ci-dessous une copie d'un article du figaro.fr et d'un article du progres.fr sur le même thème.

 

 

Le déluge meurtrier dans le Var était prévisible

publié le 19.06.2010 04h00

 

Des experts ont relevé qu'un Plan de prévention des risques avait défini les zones exposées. La catastrophe aurait tout de même été difficilement évitable vu la force des précipitations.

 

Trois jours après les inondations qui ont fait 25 morts dans le Var, des experts relèvent que la catastrophe était prévisible dans une région particulièrement vulnérable. Malgré tout, la catastrophe aurait été difficile à éviter vu la soudaineté du phénomène et l'urbanisation du territoire.

Le Plan de prévision des risques prévisibles (PPR) de la commune de Draguignan avait défini en juin 2005 les zones exposées, qui se trouvent être précisément celles qui ont été les plus touchées par les pluies torrentielles, de la zone industrielle à la prison.

«On dénombre dans la zone inondable de la Nartuby environ 50 bâtiments commerciaux ou artisanaux , 150 habitations individuelles et 15 immeubles collectifs en zone inondable. En outre, une maison de retraite, la maison d'arrêt et le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) sont fortement touchés en cas de crue centennale», prévenait le document.

De même, le projet de Plan de prévention du risque inondation (PPRI) de Taradeau, daté d'avril 2010, souligne que l'Argens et un de ses affluents, la Florieye, qui ont débordé dans la nuit de mardi à mercredi, «peuvent provoquer des inondations brèves mais catastrophiques», «en raison de leur caractère méditerranéen et lors de fortes précipitations».

Par ailleurs, «on a oublié l'existence des torrents car on les a beaucoup couverts dans les villes méditerranéennes», comme à Marseille et Nice, constate Magali Reghezza-Zitt, docteur en géographie et aménagement. D'où la surprise des habitants des Arcs, quand ils ont découvert mercredi au réveil qu'un ruisseau passait sous la place de leur village.

Les crues sont placées sous surveillance par le Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations (SCHAPI), dépendant du ministère de l'Ecologie, mais la surveillance de l'Argens, de la Naturby et du Gapeau ne sera opérationnelle qu'à partir du mois de septembre. Si la catastrophe était prévisible, aurait-on pu l'éviter?

Météo France, avait pourtant placé le Var en vigilance orange. Autre interrogation, les autorités auraient-elles dû procéder à l'évacuation? «Tout s'est fait d'un coup, si à chaque fois qu'il y a alerte orange il faut évacuer, on évacuerait dix fois par an!», s'exclame le maire des Arcs Alain Parlanti. «Et si on évacue et qu'il ne se passe rien, on n'est plus crédible». Le président Nicolas Sarkozy se rendra dans le Var touché par des inondations meurtrières lundi après-midi.

Bilan

25 morts 14 disparus

Au moins 25 personnes sont mortes et treize sont disparues.

Catastrophe naturelle

Un arrêté a été décrété pour neuf cantons.

3000 foyers

3000 foyers étaient encore privés d'électricité hier

 

Orages meurtriers : une prévention défaillante

Une photo prise avec un téléphone mobile à Draguignan, mardi. Pour les scientifiques, il est quasiment impossible de prévoir l'intensité d'un événement de ce type.
Une photo prise avec un téléphone mobile à Draguignan, mardi. Pour les scientifiques, il est quasiment impossible de prévoir l'intensité d'un événement de ce type. Crédits photo : AFP

Les alertes météo, comme dans le Var, restent imprécises et les élus ne savent pas comment protéger les populations. 

Le bilan des pluies torrentielles qui se sont abattues sur le Var mardi s'est encore alourdi : 25 morts sont à déplorer. François Fillon présidera aujourd'hui une réunion des ministres concernés sur les conséquences des inondations. Pour les autorités comme pour les citoyens, la question est de savoir si un tel événement météorologique peut être mieux prévu et géré.«Nous avons sous-estimé le risque de submersion et de ruissellement», a ainsi estimé, ce jeudi, la secrétaire d'État à l'Écologie, Chantal Jouanno. 

Des alertes météorolo­giques imprécises 

Météo France avait, dès lundi, annoncé 150 mm d'eau dans la région. Il en est tombé jusqu'à 400 par endroits. «En l'état actuel de nos connaissances, c'est le mieux que nous pouvions faire», explique Jacques Manach, directeur interrégional de Météo France pour Paca, Languedoc-Roussillon et la Corse. Pour les scientifiques, il est quasiment impossible de prévoir l'intensité d'un événement de ce type. Des modèles mathématiques, reposant sur des mesures de pluie et de débit en temps réel ainsi que sur des modèles de représentation du fonctionnement hydrologique et hydraulique du bassin versant, fournissent des prévisions de débit. Le délai d'anticipation de ce genre de système dépend de plusieurs facteurs: le temps de réaction du bassin versant aux pluies, la pertinence des modèles utilisés, la qualité des prévisions de pluie. Ainsi, il est plus facile de mesurer les conséquences des précipitations tombées pour la Seine, qui a un bassin versant de 44.000 km2, que pour la Nartuby et le Gapeau (les rivières du Var qui ont débordé), dont le bassin versant est de moins de 100 km2. Pour la Seine, par exemple, la préfecture demande aux scientifiques d'être capables de donner l'alerte trois jours avant une éventuelle crue. Or ils sont capables de fournir des données réellement fiables entre 36 et 48 heures avant la crue. Pour des petits cours d'eau, la prévision est donc impossible… au-delà de quelques minutes. Des outils expérimentaux sont actuellement en développement chez Météo France et au Cemagref. Ils visent à fournir une information qualitative sur le risque en cours dans les petites rivières partout en France.

Des élus locaux trop sollicités

Aux yeux des maires, l'alerte des populations en cas de risque météorologique relève du casse-tête. «Les préfectures se déresponsabilisent en envoyant aux mairies les messages d'alerte venant de Météo France, sans préciser le degré de gravité», explique l'Association des maires ruraux de France. «Nous sommes abreuvés de bulletins de vigilance orange. Or, une fois sur deux, nous ne sommes pas concernés. Cela décourage les bonnes volontés», raconte Jacques Drouhin, maire de Flagy, en Seine-et-Marne. «Nous recevons des bulletins de la part des préfectures par télécopie. Or ces informations tombent parfois quand la mairie est déjà fermée. Les préfectures comptent sur la bonne volonté des maires pour réagir, mais elles ne nous aident pas», note-t-il, tandis que Marie-France Beaufils, maire de Saint-Pierre-des-Corps, en Indre-et-Loire, et spécialiste de la question, déplore le contenu de ces messages. «Les préfectures doivent être plus précises pour qu'on réagisse. On ne sait pas si on doit évacuer la population ou si on doit lui demander de rester chez elle.»

Des habitants mal informés

«Dans les communes rurales, il faudrait installer des sirènes, mais elles sont coûteuses», souligne Jacques Drouhin, qui envisagerait, lui, de faire du porte-à-porte avec les bonnes volontés du village rassemblées au sein d'une équipe d'alerte. Mais, pour Marie-France Beaufils, l'État devrait mettre la main au porte-monnaie pour aider au financement de systèmes de sonorisation de rues situées dans des communes à risque. «Il faut aussi étudier la possibilité de communiquer par SMS avec accusé de réception», dit-elle. Pour l'heure, d'autres municipalités misent sur des procédés d'alerte plus rudimentaires. Ainsi, à Clamecy, dans l'Yonne, commune de 5000 habitants, on signale qu'on sortirait une voiture de police municipale équipée d'un haut-parleur pour mettre en alerte la population en cas de danger.

Publié dans Actualité politique

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