intervention de Denis Chambe lors du conseil de Saint Etienne Métropole sur l'aéroport d'Andrézieux-St Etienne

Publié le par Silvère Say

CONSEIL DE COMMUNAUTE DU 8 AVRIL 2010

Rapport 1- AEROPORT

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord vous demander par avance votre bienveillance. A travers ce rapport je souhaiterais élargir un peu le propos et j’ai besoin de 3 minutes. Merci par avance.

Alors la dernière fois qu’on a évoqué le sujet ici, c’était promis-juré, on avait voté la dernière subvention pour l’AP sans savoir où on allait, et on ne se reverrait qu’après avoir eu une prospective sérieuse sur l’avenir de notre aéroport…

Bon. Quoi de neuf à l’Aéroport ? La création d’un syndicat mixte des collectivités pour le marketing et les tarifs. En réalité on va regrouper des élus de collectivités qui n’auront pas plus qu’aujourd’hui les moyens de répondre à la question de l’avenir de l’aéroport puisqu’ils n’ont pas la réponse à la question principale : Quel développement économique global voulons-nous construire ensemble pour Loire Sud à 10 ans d’ici, car c’est bien de tout Loire Sud qu’il s’agit à travers la question de l’Aéroport.

Et quelle est la seule instance qui pourrait légitimement en amont et pas en aval mettre autour de la table toutes les collectivités concernées et les décideurs ? Le SCOT, Schéma de Cohérence Territoriale. Et qu’est-ce qu’on y voit au SCOT ? Le chacun pour soi dans le domaine de l’économie puisque le sujet n’a pas encore été traité, et même des perspectives conflictuelles sur un sujet majeur et central de l’économie, comme le commerce.

Tout à l’heure on verra que sur le thème de l’innovation, c’est pareil : on propose de dissoudre le CEEI , le Centre Européen d’Entreprise et d’Innovation qui a été voulu par plusieurs collectivités territoriales.

Je n’ai rien, ni pour le garder, ni pour le dissoudre. Il y a sûrement de bonnes raisons pour le dissoudre. Je dis que sur tous les grands sujets, comme l’innovation, l’aéroport, voire même les retombées de la Cité du Design sur l’économie locale, tous sujets qui demandent de la réflexion prospective, des engagements communs pour savoir ce qu’on veut faire de notre territoire dans 10 ans, on continue d’agir comme il y a 10 ou 20 ans. L’économie s’arrête toujours à La Fouillouse pour Saint-Etienne Métropole. Après c’est l’inconnu ou presque !

Notre territoire est malade de son absence de gouvernance de l’économie depuis des lustres. Il y a toujours eu autre chose à faire ou plutôt il y a toujours eu des raisons pour rester sur le statu quo. Et le statu quo, il dit quoi ? Il dit que nous continuons imperturbablement et avec une grande constance de rester décrochés vers le bas par rapport aux autres métropoles de Rhône Alpes, qu’il s’agisse de taux de chômage, de niveau de revenus par foyer fiscal, de création d’emplois, de brevets déposés, et autres, que la ville centre continue de paupériser et de se dépeupler et de s’endetter pendant qu’Andrézieux, par exemple affiche un emploi par habitant sur sa commune , etc…

Je ne fais pas de catastrophisme, je dis que nous sommes fragiles, plus fragiles qu’ailleurs à cause de notre histoire. Mais pas seulement notre histoire. Aussi à cause de nous.

Monsieur le Président, ce n’est pas un discours nouveau que je tiens .Combien de temps va—on attendre de mettre en place une vraie gouvernance de l’économie pour Loire Sud ? Vous avez eu 2 ans de Présidence pour y réfléchir, et des années d’élu communautaire d’expérience.

Vous n’avez pas souhaité dans les premiers jours de votre mandat prendre des initiatives symboliques fortes en direction de nos collègues de la Plaine du Forez par exemple.

Vous n’avez pas tout fait pour proposer au Conseil Général, à la CCI, aux représentants des entreprises et des salariés de s’asseoir à la même table, dans le respect de chacun pour s’unir sur ce que l’on a de plus fondamental sur notre territoire, à savoir l’emploi à travers l’économie.

Combien de temps allons-nous encore entendre nos collègues régulièrement ici demander si par hasard on ne pourrait pas solliciter nos voisins proches du Forez sur des contributions financières, sur l’Université par exemple ? Bien sûr que cela ne marche pas : comment parler argent sereinement si on n’a pas auparavant parlé projets communs dans un climat de confiance.

Il est vrai que vous pourriez me demander pourquoi je vous en veux plus à vous qu’à vos prédécesseurs. Vous pourriez dire que cela n’a pas été ni fait ni démarré. C’est vrai. Je pense aussi qu’ils vous diraient qu’il a d’abord fallu construire les fondations de SEM, apprendre à travailler ensemble. Ce n’est pas faux mais on n’a rien fait à ce sujet entre 2001 et 2008.

Mais on a acquis une certitude maintenant : SEM n’est plus le territoire adapté pour régler les problèmes économiques qui lui sont posés. SEM n’est plus le territoire pertinent pour mobiliser les élus et les décideurs qui ont une partie de notre avenir entre leurs mains.

Par ailleurs que peut-on attendre de la réforme des collectivités encore inaboutie, et bien discrète après les régionales ? Pas suffisamment pour imaginer qu’une éventuelle future Métropole ou qu’une Directive Territoriale d’aménagement LYON-SAINT-ETIENNE nous sauveraient du pire ?

Monsieur le Président, quand on regarde l’histoire de Saint-Etienne depuis des décennies, vos anciens collègues éminents de l’Université l’écrivent, il y a une constante dans nos comportements, due c’est vrai à notre histoire laborieuse, c’est la difficulté que nous avons à envisager le futur et à nous y projeter. L’histoire de la création de notre Université est par exemple édifiante à ce sujet.

Je pense que vous avez une belle carte à jouer avec la gouvernance de l’économie de notre territoire : prenez une initiative forte avant l’été, de mobilisation, quelle qu’elle soit, je vous soutiendrai. Comme on dit en langage d’entreprise : sortez du cadre.

Le SCOT ne me parait pas être l’instance la plus pertinente parce qu’il n’y a pas l’ensemble des acteurs concernés par la gouvernance de l’économie, C’est une structure par ailleurs très réglementaire. Mais à vous de choisir.

En conclusion, même si vous échouez, Mr le Président, je ne vous en voudrais pas. Je suis tellement persuadé que le pire serait de ne rien faire et que nos successeurs auraient raison de nous traiter de beausseignes.

Alors la création d’un syndicat mixte pour l’Aéroport n’aura de sens que s’il s’inscrit dans des perspectives globales du développement de l’économie locale, et qu’il représente un équipement certes cher à financer parce que structurellement en déficit, mais voulu en toute conscience par l’ensemble des élus...Sinon je crains qu’il ne soit qu’un machin technique de plus qui déplacera la question de la gouvernance financière de l’aéroport mais sans répondre à l’essentiel.

Et donc une fois de plus, sans illusions, je voterai la subvention demandée, les 380 000 euros pour faire face à un déficit de 1,4 M d’euros, mais dans l’attente ferme et déterminée de vos initiatives.

 

Publié dans Actualité politique

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