François Bayrou : "Le naufrage des Bleus traduit aussi une rupture de notre modèle de société"

Publié le par Silvère Say

 

François Bayrou

François Bayrou était l'invité ce lundi de Jean-Michel Aphatie sur RTL. Il a notamment répondu aux questions relatives aux polémiques entourant l'équipe de France de football.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.

François Bayrou : Bonjour.

Jean-Michel Aphatie : Alors, les joueurs de football qui portent le maillot de l'équipe de France ont refusé hier de s'entrainer. Rébellion ou trahison ?

François Bayrou : C'est un naufrage et un naufrage le pire dans le ridicule... Pas un pays au monde - Alain Duhamel le disait à l'instant -, pas un pays au monde n'a vécu cette espèce de décomposition que nous sommes en train de vivre. Et c'est une décomposition qui a des causes profondes qu'on voyait venir depuis longtemps ; mais c'est à ces causes qu'il faut réfléchir parce que le naufrage de l'équipe de France, le naufrage dans le ridicule, à mon sens, nous dit quelque chose des faiblesses de la France.


Jean-Michel Aphatie : Nous dit quoi ?

François Bayrou : Il nous dit qu'un modèle de société fondée sur l'argent plus fort que tout, adulé, institué en valeur et deuxièmement une espèce de fausse notoriété, une médiatisation, une gloriole sur des esprits pas structurés, pas construits...

C'est le cas de toutes les équipes de football... L'argent, la notoriété : toutes les équipes de football connaissent ça et c'est l'équipe de France qui a du mal. Alors, pourquoi elle ?

Parce que, selon moi... Je dis cela avec prudence... Parce que la France est un pays qui s'est précisément construit sur d'autres valeurs que celles là. Parce que nous avons voulu faire, nous avons fait au travers de l'Histoire un modèle de société qui tenait l'argent, et cette fausse gloire en lisière pour faire ce qu'on appelle République, c'est-à-dire des valeurs qui sont des valeurs d'humanité dans lesquelles on apprend aux enfants autre chose que ça. On dit aux enfants qu'il y a d'autres choses importantes dans la vie que l'argent et cette fausse gloire de stars, de fausses stars.

Le philosophe Alain Finkelkraut, dans le "Journal du Dimanche" hier : "Cette équipe ne représente pas la France, mais elle la reflète avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yohan Gourcuff, elle nous tend, l'équipe de France, un miroir terrible". Les divisions ethniques, elles existent à votre avis dans l'équipe de France ?

Tout le monde raconte ça dans les journaux... Il y aurait des clans fondés sur l'origine, fondés sur l'endroit d'où on vient, Et tout cela est absolument redoutable, car cela signifie que non seulement la France a échoué sur le plan moral en acceptant que ce modèle de société vienne s'imposer sur ce que nous avons de plus précieux, mais encore que nous avons complètement manqué l'intégration puisque ce qui reste ce sont des clans. Ce qui reste, c'est la séparation entre les Français fondée sur l'origine, alors que la France était précisément le choix de faire un peuple où nous sommes tous citoyens et tous à égalité avec les mêmes devoirs et les mêmes droits.

Au point où en est l'équipe de France, il faut souhaiter son élimination mardi, qu'on n'en parle plus de cette équipe ?

Ce qu'on devrait souhaiter, c'est un sursaut...

On peut souhaiter son sursaut ?

Oui... Nous sommes un pays qui a une histoire et une identité. Et cette histoire et cette identité nous conduiront à en sortir un jour ou l'autre. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre pour que la France, tout d'un coup, prenne conscience que le chemin dans lequel elle est engagé est un chemin dans lequel elle s'égare, mais je suis sûr que ça se produira. Je suis sûr que nous sommes un peuple qui a en lui les valeurs suffisantes pour surmonter , y compris cette décomposition que nous avons là...

Je souris parce que depuis quelques secondes vous ne parliez plus de football, mais ça chaque auditeur de RTL l'aura noté...

Oui, parce que ne croyez pas, Jean-Miche Aphatie, que le football soit séparé du reste. C'est la même chose... Ce que nous vivons là ça n'est en effet qu'un symptôme, un révélateur de ce que notre pays est en train de vivre plus profondément.

Donc on regardera demain le comportement de cette équipe de France sur le terrain... Une autre affaire prend de l'importance dans l'actualité, il s'agit de l'affaire Bettencourt, Liliane Bettencourt écoutée par son maitre d'hôtel. Il parait que dans les conversations, enregistrées illicitement, il faut tout de même le souligner, par ce maitre d'hotel, le nom du ministre du Travail, Eric Woerth, revient à quelques reprises puisque sa femme, Florence Woerth, était employée par Liliane Bettencourt. Certains responsables politiques, aujourd'hui, demande la démission d'Eric Woerth. En faites-vous partie, François Bayrou ?

Moi, je ne sais pas ce qui est arrivé exactement ! Ce que je sais, c'est que depuis longtemps, depuis des années en France, on n'a pas fait respecter le mur de verre qui devrait séparer les affaires d'argent, les affaires privées, les affaires publiques. Il y a trop de complaisance, on est constamment en train d'accepter que les affaires privées, on le voit avec le journal "Le Monde", constamment en train d'accepter qu'il y ait une immiscion, un mélange entre les affaires publiques qui devraient être uniquement fondées sur nos principes, sur l'intérêt général

On ne peut pas interdire à l'épouse d'Eric Woerth de travailler...

Non, mais il y a des prudences nécessaires lorsque vous occupez une grande Fonction publique.

Il a été imprudent Eric Woerth ?

C'est au Président de la République d'en juger...

La transition est facile... Le Président de la République... C'est ce qui avait motivé notre volonté de nous rencontrer ce matin à l'antenne, mais c'était avant tous les épisodes de l'équipe de France. Vous accueillez demain dans votre circonscription Nicolas Sarkozy qui va venir inaugurer à Borde, dans les Pyrénées-Atlantiques, à côté de Pau...

... Presque dans mon village !

Et bien il est gentil le président. Une usine, Turbomeca, numéro 1 mondial des moteurs d'hélicoptère. Et cette visite fait dire qu'entre vous et le Président, si ça a mal marché. Ca marche bien aujourd'hui...

Alors, on s'arrête une seconde... Vous venez de dire : "Il est gentil"...

Oui, il est gentil avec vous !

Et bien cette appréciation montre que vous, qui pourtant êtes du pays, vous ne connaissez pas les choses. Le Président de la République n'aurait pas été dans son rôle s'il n'était pas venu. C'est la plus grande usine qui va être inaugurée cette année en France, et c'est la plus grande usine de moteurs d'hélicoptères du monde. On fabrique là, au pied des Pyrénées, plus de un sur deux des moteurs d'hélicoptères qui volent dans le monde, et j'ai dit cela à votre micro cent fois...

C'est vrai, vous en avez déjà parlé...

Parce que c'est une admirable réussite industrielle et une admirable réussite humaine qui a été le fait d'un homme que j'ai très très bien connu, un juif polonais jeté par la guerre au pied des Pyrénées et qui était un génie de la mécanique et qui a inventé le procédé de turbine d'hélicoptère qui fait que aujourd'hui nous sommes leaders mondiaux sur ce sujet.

Si Nicolas Sarkozy, Président de la République en fonction, n'était pas venu pour célébrer cette réussite industrielle, il n'aurait pas fait son boulot et si je ne l'accueillais pas je serai simplement pas à la hauteur du mandat qui est le mien. Il vient dans un pays, le Béarn, qui est un pays d'indépendance profonde - l'indépendance du Béarn a été proclamée il y a mille ans - et de mœurs républicaines profondes. Nous avons une constitution écrite depuis l'an 1000 - c'est-à-dire 600 ans avant les Anglais et 700 ans avant les Françai -s que nous sommes devenus par choix dans la nuit du 4 août...

Allez, d'accord donc vous allez accueillir le Président.

Donc la moindre des choses, c'est qu'on ait des relations républicaines dans un pays qui voudrait être une République exemplaire, ce qui est loin d'être le cas...

François Bayrou, indépendant depuis mille ans, était l'invité de RTL ce matin.

Publié dans Actualité politique

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