Au soir de l'élection européenne, nous avons tous été un peu sonnés. Nous nous attendions à briller sous le ciel étoilé de la bannière européenne et voilà que nous avons été vulgairement relégués au 4ème rang derrière une alliance hétéroclite d'écolos plus ou moins bobos.
D'aucuns accuseront le film Home, d'autres la prestation de François Bayrou sur le plateau de l'émission à vous de juger quelques jours auparavant. Je ne m'attarderai pas sur ces querelles internes que nous sommes en train de traiter.
Pour autant, cela occulte le principal enseignement de cette élection. Les français, et au-delà les européens ne veulent plus de cette Europe.
Certes elle fut un grand vecteur de paix sur notre continent et a contribué à notre prospérité. Pourtant, ces deux résultats sont occultés depuis la chute du mur de Berlin et l'avènement de la Real Politik qui a laissé la construction européenne aux seules mains d'experts en tout et n'importe quoi.
Le citoyen, déjà peu associé, s'est retrouvé encore plus marginalisé, n'étant consulté que tous les 6 ans par le biais de l'élection de parlementaires européens dont on ne saisit pas très bien le rôle, tant ils semblent sous la pression des lobbies, et sans armes face aux états-membres. De plus, dans le même temps, s'est développée ce qu'on a appelé la bureaucratie bruxelloise, élément très pratique qui a moultes fois servi de bouc-émissaire à nos divers dirigeants. Le dernier avatar en date fut l'exemple désespérant du rosé dont à quelques semaines des élections, d'obscurs dirigeants souhaitaient soudain qu'il puisse être le résultat d'un mélange de rouge et de blanc... Auparavant, nous avions eu droit au calibrage des tomates, ou encore à la taille des rétroviseurs sur les camions de fret. Bref, toutes choses techniques qui n'intéressent que ceux qui les pratiquent et surtout ne collent pas au vécu des gens. Quel est l'intérêt pour le consommateur que ses légumes soient droits et non biscornus? Quel est l'intérêt alors même que les producteurs peinent à écouler leurs stocks de permettre tout et n'importe quoi avec le rosé?
Ainsi, contrairement à l'analyse dominante, le 7 juin dernier, ce ne sont pas les partisans de l'Europe qui ont gagné. Au contraire, si on additionne en France l'abstention (un concept délicat à manier), les listes d'opposition diverses et variées à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite, force est de constater que c'est le rejet de l'Europe qui est arrivé en tête. Comme à chaque fois, nos gouvernants se cachent derrière leurs pseudos bons résultats pour se féliciter du score du parti dominant ou plus largement du bon score des 'partis qui ont parlé d'Europe'.
Si on prend les scores de l'UMP et d'Europe-Ecologie, ramenés à l'ensemble du corps électoral, ils représentent à peine 17,6% de l'ensemble (chiffres pris à la louche).
Soyons généreux, considérons que les électeurs socialistes et centristes sont aussi favorables dans une certaine mesure à l'Europe que nous connaissons. On arrive alors à 27,2% (idem que ci-dessus) du corps électoral.
Il y a donc près de ¾ des électeurs que l'Europe indiffère ou plus largement déçoit.
Que faisons-nous pour lutter contre cela? Quel projet fédérateur transnational pouvons-nous proposer aux citoyens de cette Union Européenne?
Le néant. Quelques grands discours que chacun écoute d'une oreille inattentive entre la poire et le dessert au journal de 20 heures une à deux fois par an et c'est tout. L'été dernier, Le président Sarkozy s'était glorifié d'être allé parler au nom de l'Europe à Moscou pour faire cesser la guerre en Géorgie. En réalité, il a offert sur un plateau d'argent au pillage russe, la république du Caucase, sous prétexte de garder de bonnes relations avec notre fournisseur de gaz (où était alors notre secrétaire d'état aux droits de l'homme?). Un nouveau Munich, a t'il été chuchoté ici et là... Je souhaite que les conséquences n'en soient pas aussi graves.
Lorsque la crise économique est arrivée, tout le monde a claironné que c'est l'Europe qui allait nous protéger et l'Euro. En réalité, chaque pays a dû se débrouiller individuellement, et ainsi on a vu l'Espagne se retrouver dans une situation financière très délicate, d'autres états s'en sont sortis in extrémis et surtout la commission européenne, organe personnifiant l'Union a été complètement atone.
Bref, l'Europe possède désormais une image tatillonne et sans envergure, incapable de réagir dans l'urgence. La défense européenne va rester durablement une blague. Et l'intégration dont on nous bassine les oreilles, restera en stand-by tant qu'une volonté politique ne se manifestera pas chez nos gouvernants. L'exemple le plus criant en est ainsi le choix du président de la commission. Les peuples ne veulent plus entendre parler de Barroso, cet homme aux ordres, et pourtant les gouvernements sont favorables à son renouvellement. Comment creuser encore plus le gouffre?
Conclusion :
Les propositions développées pendant la campagne européenne sur de possibles évolutions du système de l'unanimité vers un système à géométrie variable vont se heurter durablement à deux écueils. D'une part la méfiance des peuples, chat échaudé craignant l'eau tiède et d'autre part le rejet des gouvernants pour lesquels il est plus simple que l'Europe ne soit qu'un espace de libre-échange économique, une OMC bis en quelque sorte.
Pour autant, on ne peut ignorer les suggestions selon lesquelles l'Euro pourrait voler en éclat si on n'y prend garde. On ne peut non plus sous-estimer l'ampleur de la crise économique, en train de bouleverser la vision du monde d'un certain nombre de personnes. A défaut d'action efficace, le déficit démocratique continuera de s'accroître dans des sociétés où l'on oublie d'écouter la rue entre deux élections. Cela contribuera à faire mécaniquement augmenter le mal-être des populations et toutes ses conséquences sur le plan social et économique. Certes il est possible de minimiser cela en tenant compte de l'éloignement de l'Europe déjà mentionné plus haut. Néanmoins, cet éloignement n'est qu'un effet et il peut conduire à des tentations protectionnistes majeures. N'oublions jamais dans quelles conditions est né le national-socialisme.